De New York à Genève

Décider en tant que consommatrice du choix des produits et de leur provenance et être active comme vendeuse ? C’est possible au « Nid » à Genève. Ce magasin, quelque peu différent, a été conçu sur un modèle participatif qui nous vient de New York.
 
A Brooklyn, New York, il y a un supermarché pas comme les autres : la Park Slope Food Coop, fondée en 1973, qui compte aujourd’hui 16’000 membres. Qu’est-ce qu’il a de si spécial ? Ce ne sont pas les employés qui reçoivent les livraisons et remplissent les étagères avec les produits, mais les membres de la coopérative. Les membres travaillent comme bénévoles dans le magasin et eux seuls peuvent y faire leurs courses. Malgré le temps que chacun doit investir, il s’agit d’un modèle à succès qui a trouvé son chemin vers la Suisse. Il y a un an, Le Nid ouvrait ses portes à Genève. L’objectif de ces magasins coopératifs est la participation active des consommateurs et des prix équitables pour les producteurs.


« C’est l’avenir »
Rétrospective, 2016 : Johann Zoller et Diego Bonvin font leur mémoire de maîtrise à la faculté socio-économique de l’Université de Genève, où tout a commencé. « Nous savions que le financement à long terme des magasins bio et en vrac est souvent difficile. Dans le secteur bio, il existe une forte concurrence de la part des grands distributeurs, ce qui sera probablement aussi le cas pour la vente en vrac dans un avenir proche. Quand nous avons lu un article sur la Food Coop à New York, nous nous sommes dit : « C’est ça, le modèle du futur pour les magasins d’alimentation – c’est ce dont nous avons besoin ici à Genève ! ».
Mais contrairement à New York, ce n’est pas l’accès à une alimentation saine qui est l’objectif principal, mais une approche consciente de l’alimentation», explique Johann Zoller. Comme à New York, le consommateur genevois devient membre de la coopérative par l’achat de parts sociales et les deux heures de travail bénévole qu’il effectue toutes les quatre semaines. En contrepartie, il peut faire ses courses dans le magasin. En moyenne, les gens dépensent entre 50 et 60 francs par achat. Aujourd’hui, 425 personnes sont membres de la coopérative – tendance à la hausse – l’objectif est d’atteindre les 1000 membres. Le Nid est en constante évolution et s’adapte à la diversité des produits et au nombre croissant de ses membres. Un déménagement dans un local cinq fois plus grand est ainsi d’ores et déjà prévu pour ce mois de juin.

Prendre conscience de son alimentation
Quartier de la Jonction, près du Rhône, au cœur de la ville de Genève. Un mercredi après-midi. Au 1er étage de la rue des Saules 3, dans le magasin participatif Le Nid, on trouve non seulement une grande variété de produits, mais aussi d’employés. Les heures d’ouverture, principalement en soirée et le samedi, ont été délibérément choisies pour être compatibles avec la journée de travail des membres de la coopérative. Agnès et Hilde font leurs heures, Christine vient faire ses commissions.

Hilde est originaire d’Amsterdam, mais vit à Genève depuis dix ans : « Je connaissais de tels projets de solidarité chez moi. Cela m’a souvent manqué ici à Genève. C’est pourquoi je participe depuis le début », dit la Néerlandaise. Avant, elle travaillait dans le domaine de l’humanitaire et aujourd’hui pour Zero Waste Switzerland. Au Nid, elle fait ses courses environ une fois par semaine, sinon elle va au marché hebdomadaire. « Pour moi, il est important de m’engager quand je fais mes courses. Alors j’achète moins, je pense à la provenance du produit, à sa production, à sa qualité et si j’en ai vraiment besoin. Cela contribue à un mode de vie plus sain pour ma fille et moi », affirme Hilde. Pour Christine, l’accent est mis sur les agriculteurs : « Par mes achats, je veux soutenir les agriculteurs et non les grossistes. Même si un produit est un peu plus cher, je sais que le producteur a obtenu un meilleur prix. »
Lorsque le magasin est ouvert, il y a trois ou quatre coopérateurs et une « personne responsable » qui sont sur place, comme Huong Biedermann. Elle a d’abord travaillé dans le commerce import-export, puis a été stagiaire au Nid lors d’une mesure de réinsertion du chômage. Après son stage de six mois, elle a été engagée comme employée à l’administration à 60 %. Elle est également très présente au magasin. Elle n’avait jamais travaillé dans un magasin auparavant : « J’ai appris sur le tas. Au Nid, il faut être très flexible et réactif. Je suis une coopératrice comme les autres, mais comme je suis souvent présente, j’en sais beaucoup et je peux soutenir les autres », explique Huong, « tout est basé sur l’échange et la confiance ». Pour Johann Zoller, il est clair qu’une certaine forme de « leadership » reste nécessaire : « Quand 450 personnes différentes travaillent dans un magasin, une certaine constante est nécessaire. De plus, les gens se sentent plus en sécurité dans leur travail s’il y a une personne de référence. On ne devient pas vendeur ou commis en deux heures par mois. Nous sommes également en train de mettre en place un système plus simple pour la gestion du temps de travail, ce qui devrait également réduire le taux d’absentéisme, l’un de nos plus grands défis. »

Les valeurs fondamentales sont importantes, mais…
Le manifeste de la coopérative repose sur diverses valeurs fondamentales. Ainsi la majorité des produits proviennent de Genève et des environs. Johann Zoller commente : « Notre objectif est de promouvoir l’agriculture régionale. Les producteurs fixent le prix de leurs produits. Nous avons une marge fixe de 20 pour cent (dans les commerces traditionnels, elle se situe entre 30 et 40 pour cent), que nous ajoutons au prix de tous les produits. » Pour les producteurs locaux, Le Nid permet un accès supplémentaire à une clientèle urbaine. Les producteurs participent à des événements et présentent leurs méthodes de travail et leurs produits au magasin. Dans la mesure du possible, les produits issus de l’agriculture biologique sont privilégiés ; les légumes et les fruits, par exemple, sont biologiques à 100%. Les consommateurs viennent avec leurs propres contenants et achètent en vrac – pour le bien de l’environnement. Les membres de la coopérative sont aussi fortement impliqués dans le choix des produits et dans le fonctionnement du Nid. Le Nid sert de lieu d’échange et promeut la mixité sociale. Ainsi, la coopérative est ouverte à tous. « Grâce à nos charges sociales et aux coûts d’exploitation très bas, nous pouvons offrir aux membres de la coopérative des produits frais à un prix inférieur à celui demandé dans le commerce traditionnel. Les prix des produits transformés sont un peu plus élevés, car pour ces derniers les économies d’échelle jouent un rôle beaucoup plus important », explique Johann Zoller.

… le prix et le choix jouent également un rôle.
Sur les étagères et dans les paniers du Nid, on trouve du jus de gingembre de la Fée d’or (65 km, VD), du jus de pomme de la Genevoise du Terroir (8 km, GE), du thym séché de 1001 herbes (12 km, GE), des lentilles vertes de l’Affaire TourneRêve (9 km, GE), du pain au levain des Pains du Jardin (12 km, GE) et du yoghourt de fromagerie familiale Le Sapalet (142 km, VD). Les fruits et légumes biologiques régionaux côtoient des citrons et des oranges bio de Sicile (1660 km, Italie). Les valeurs sont importantes, mais pour Johann Zoller – l’économiste – il est clair que le prix et le choix jouent également un rôle central : « Il est important d’offrir un choix de produits à des prix plus bas afin que les personnes à faible pouvoir d’achat puissent également participer à la coopérative. » Ainsi, il y par exemple, en plus des œufs biologiques, des œufs conventionnels de la région. Il est également important de pouvoir offrir une large gamme de produits pour que les gens ne soient pas obligés de se tourner vers les supermarchés. C’est pourquoi on trouve également des produits étrangers ou des articles d’hygiène dans la boutique. Les produits sont sélectionnés par les membres du groupe de travail « Producteurs ». Celui-ci veille à ce que les itinéraires de transport soient aussi courts que possibles et que les produits proviennent, si possible, sans intermédiaire directement du producteur. Même dans une coopérative, il faut savoir trouver des compromis entre les modes de production et de consommation, entre les valeurs idéales et réelles. Cependant, un choix conscient des produits facilite une consommation durable.

Texte et photos: Bettina Erne. Cet article est paru en allemand dans l’Ökologo 2/2019

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