Herbstzeitlose x Paysannes et paysans pour le climat

Herbstzeitlose est un projet d’agriculture solidaire dans le domaine de la détention d’animaux de rente pour que les consommateur·trices deviennent paysan·nes. Le projet se fonde sur cinq vaches-mères âgées de la race suisse Grise rhétique de ProSpecieRara, qui auraient dû en fait être abattues. Le projet Herbstzeitlose de la ferme Obermettlen (LU) s’engage pour une consommation de viande en toute conscience et une agriculture durable, respectueuse des animaux et adaptée aux sites.

Dans le projet Herbstzeitlose, Marlen et Stephan Koch-Mathis produisent de manière durable et adaptée au site (purement basée sur les herbages, Feed no Food) de la viande de bœuf, abattue à la ferme sans stress pour les animaux, en sensibilisant les clients (hôtes sur place, cours de barbecue Nose-to-Tail) et parrains à une consommation durable de viande. Dans le projet et à travers l’agriculture solidaire, les consommateurs·trices sont en même temps paysan·ne·s. Le projet se fonde sur cinq vaches-mères âgées de la race suisse ancienne de ProSpecieRara Grise rhétique, qui devraient effectivement être abattues. Elles sont les « mamies colchiques » à l’automne de leur vie (Herbstzeitlose) qui reçoivent une seconde chance à Obermettlen. Cela prolonge leur durée de vie, ce qui a un effet positif sur leur écobilan. Chaque veau supplémentaire qu’elles mettent au monde reçoit huit parrains appelés parrains d’Herbstzeitlose. Chaque parrain paie un franc par jour pendant deux ans et reçoit sa part de viande de bœuf Herbstzeitlose à la fin de cette période. Pendant ces deux années, le parrain peut travailler activement sur la ferme et se faire ainsi une idée du travail, du temps et de l’être vivant qui se cachent derrière chaque bouchée de viande.

Vidéo du projet Herbstzeitlose, produit pour le Prix Climat 2022.

 

Le projet se caractérise par les mesures climatiques suivantes :

  • la prolongation de la durée de vie des vaches-mères
  • élevage en pâturage de mai à octobre
  • production de viande durable : détention d’animaux adaptée au site (terrains en forte pente, aucune autre utilisation agricole possible),
  • race adaptée au site (piétinement plus petit, plus léger, provoquant moins de dégâts)
  • fourrage provenant exclusivement de la ferme
  • abattage à la ferme, valorisation complète.
  • Projet didactique pour les consommateurs·trices et agriculteurstrices·trices : impact indirect sur le climat.

 

«Nous sensibilisons les consommateur·trices à la consommation durable de viande et nous créons une compréhension pour une agriculture durable, respectueuse des animaux et adaptée au site», explique Marlen Koch-Mathis.

Le projet Herbstzeitlosen a reçu le prix du public du Prix Climat 2022.

Charte

Agriculture durable, respectueuse des animaux et du site en lien avec la sensibilisation des consommateurs à une consommation de viande durable. Principes : détention qui tient compte du bien-être animal (pâture intégrale, stabulation libre), aucun aliment concentré (seulement de l’herbe, du foin, de l’ensilage d’herbe), médecine vétérinaire alternative plutôt que conventionnelle, aucun antibiotique (sauf en cas d’urgence), aucun écornage, âge d’abattage plus élevé (Slow Food), abattage à la ferme (abattage sans stress sur l’exploitation agricole), aucun apport d’engrais ; seulement de l’engrais de ferme, aucun produit phytosanitaire (ni sur les prairies, ni dans les vergers), tutoiement avec nos clients et nos hôtes.

Photo : Tina Sturzenegger et Christian Merz, 2021

Entretien avec Marlen Koch-Mathis, Agricultura 04/2021

Marlen, quelle est ta conception de l’agriculture ?

En tant qu’agriculteurs, nous cultivons la terre pour produire des aliments sains et de qualité. Cela représente pour moi le métier le plus important car nous devons tous manger pour vivre. Par conséquent, nous portons une grande responsabilité envers les animaux, la nature, les hommes et aussi les générations futures.

Pourrais-tu nous expliquer l’idée de base de votre projet « Herbstzeitlose » ?

Notre ferme se constitue de prairies et de pâturages en forte pente sur lesquels de grandes cultures, et donc une production de denrées alimentaires directement pour la consommation humaine, ne sont pas possibles. Nous avons donc besoin de ruminants pour transformer l’herbe en des protéines précieuses pour la consommation humaine. Mais avec l’idée d’utiliser les animaux à nos fins, alors il était pour nous important de le faire de manière respectueuse, durable et adaptée à l’espèce, et que les consommateurs et consommatrices apprécient aussi la valeur des aliments qui en résulte. C’est ainsi que « Herbstzeitlose » a vu le jour.

« Herbstzeitlose », c’est un projet d’agriculture solidaire d’élevage de bétail : nous transformons les consommateurs·trices en paysan·ne·s. Le projet se fonde sur cinq vaches-mères âgées de la race suisse Grise rhétique de ProSpecieRara, qui auraient dû en fait être abattues. Elles sont nos « mamies colchiques » (Herbstzeitlose) qui reçoivent une seconde chance. Chaque veau supplémentaire qu’elles mettent au monde reçoit huit marraines ou parrains qui paient chacun un franc par jour pendant deux ans. Ils peuvent travailler activement sur l’exploitation certains jours à la ferme, et se faire ainsi une idée du travail qui se cache derrière chaque bouchée de viande. Après deux ans, le cycle de vie de nos animaux se termine par un abattage à la ferme. C’est ainsi qu’est produite de la viande de bœuf de grande valeur dont les marraines et parrains reçoivent leur part. Nous sensibilisons donc à une consommation de viande en pleine conscience.

Stephan et toi, vous avez envoyé votre candidature au « Prix climat » avec votre projet « Herbtszeitlose ». Qu’est-ce qui vous avez motivé ?

Nous voulons nous investir en faveur d’une production de viande adaptée au site et sensibiliser à une consommation consciente de viande. La production des animaux de rente a une forte incidence sur le climat et devra changer à l’avenir. Pour autant, le débat doit être mené de façon différenciée. Une vache qui se nourrit uniquement d’herbe sur des surfaces qui ne se prêtent pas aux grandes cultures contribuent à nourrir le monde de manière importante. Selon la devise « No feed from crops, but food from grass ». Et la Suisse a beaucoup de telles surfaces en herbages.

Nous voulons rendre visible le fait qu’il existe déjà une agriculture durable. Car pour nous, la transition va trop lentement en politique et dans la société. Elle est trop ralentie par des forces conservatrices qui profitent du système actuel. Nous, consommateurs·trices et producteurs·trices, avons ensemble un grand pouvoir de faire bouger les choses. Nous voudrions montrer à tous qu’aujourd’hui déjà ils peuvent déjà faire la différence avec leur comportement dans les rayons des magasins. Ce n’est pas très efficace de pousser une corde, il faut tirer dessus. Nous, paysannes et paysans, ne pouvons produire que ce qui est également demandé par les consommateurs et consommatrices.

Entretien complet « Ouvrir les portes de nos exploitations » avec Marlen Koch-Mathis, Agricultura 04/2021

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