Dossier: Diversité vs mort des exploitations / Changements structurels

Chaque jour, deux à trois exploitations agricoles suisses mettent définitivement la clé sous la porte, pour la plupart des fermes de taille petite à moyenne. Celles qui restent s’agrandissent et se spécialisent. Pourquoi environ 1000 exploitations disparaissent chaque année alors que d’innombrables jeunes agriculteurs en recherchent? Quelles sont les conséquences à long terme de ces changements structurels dans l’agriculture?

Environ 1000 exploitations agricoles de moins que l’an dernier: c’est ce que montre clairement le relevé annuel des structures agricoles de l’Office fédéral de la statistique (OFS). Depuis 1980, le nombre d’exploitations agricoles a diminué de plus de moitié en Suisse. D’après le modèle de calcul de Swiss Agricultural Outlook (SAO), 10’000 exploitations agricoles disparaîtront encore d’ici 2024.

Plus de la moitié des chefs d’exploitation ont plus de 50 ans, et la moitié d’entre eux disent qu’ils n’ont pas de repreneurs. Le thème de la mort des exploitations est donc plus que jamais d’actualité. Dans le même temps, de nombreux jeunes agriculteurs et agricultrices bien formés, qui n’ont pas d’exploitation à reprendre dans leur famille, passent souvent des années à chercher des terres sans succès.

La politique agricole et la logique de croissance propagée pendant des décennies ont pour conséquences que, lors du changement de génération, les fermes agricoles sont dissoutes au lieu d’être remises à des jeunes mains, et leurs terres sont intégrées dans les exploitations restantes. Les tracteurs toujours plus grands et plus lourds évincent les hommes et les bras à la campagne. L’agriculture suisse s’éloigne d’une agriculture paysanne et se développe vers une agriculture industrielle, à rebours du mandat constitutionnel. Fidèle à la règle «s’agrandir ou disparaître», on assiste à un accaparement des terres.

Lorsqu’une ferme est dissoute, ce ne sont pas seulement les grandes exploitations voisines qui en profitent: les descendants des propriétaires gagnent aussi à la mort de l’exploitation. En particulier dans les zones périurbaines, là où les logements idylliques sont rares et les revenus élevés, la demande en fermes est forte. Les non-agriculteurs fortunés sont de plus en plus nombreux à vivre dans de vieux bâtiments de ferme.
La maximisation des profits des propriétaires agricoles (souvent la communauté des héritiers) et l’accaparement des terres se font aujourd’hui aux dépens de petites et moyennes exploitations viables. Ce développement entrave la diversité et l’innovation dans l’agriculture, et réduit constamment le choix des produits régionaux pour les consommatrices et les consommateurs.

Die Hürden der ausserfamiliären Hofübergabe: Detailliertes Hintergrunddossier vom Juli 2016 (en allemand)

Avec l’adoption du contre-projet à l’initiative pour la sécurité alimentaire, il y a maintenant un concept équilibré et ancré dans la Constitution pour une alimentation plus durable du champ à l’assiette. Mais quelle forme d’agriculture doit assurer notre alimentation à long terme? Notre vidéo explique pourquoi la diversité structurelle y joue un rôle décisif.

Les grandes exploitations à forte intensité de capital se concentrent sur quelques secteurs et prennent de grands risques financiers en raison d’importants investissements: de telles exploitations spécialisées unilatéralement peuvent cependant difficilement amortir des pertes de récolte et des fluctuations de prix. Cela menace non seulement les revenus d’exploitation privés, mais aussi notre approvisionnement alimentaire régional à long terme. Les petites et moyennes exploitations qui s’appuient sur plusieurs branches de production et sur la proximité des consommateurs, sont plus résilientes et donc plus viables à long terme. À l’opposé des entreprises spécialisées, elles apportent de la diversité dans les régions, dans les champs et dans l’assiette.

Comme de moins en moins de chefs d’exploitation peuvent compter sur une remise de ferme au sein de la famille, il est important que les transmissions de fermes hors du cadre familial soient soutenues. L’ère de «s’agrandir ou disparaître» se termine. Désormais toutes les forces doivent s’associer pour garantir à long terme une agriculture diversifiée et paysanne. Transmettre les exploitations d’aujourd’hui pour demain est une préoccupation de l’Association des petits paysans. C’est pourquoi elle gère le « Point de contact pour la remise de fermes extra-familiale » et sert d’intermédiaire entre cédants et repreneurs de fermes. De plus, nous nous engageons au niveau politique pour un meilleur accès aux terres et plus de diversité structurelle.